mardi 14 juillet 2015

Où en est la parité politique ?

Reconnaître l'inégalité, c'est s'imposer d'agir. En dépit des nombreuses lois sur la parité, et 70 ans après l'accession des femmes au droit de vote, la parité en politique reste un objectif lointain. Quoique la parité soit garantie au sein du Gouvernement depuis 2012 et qu'il y ait des avancées notables, la politique française nationale et locale est toujours marquée par une forte hégémonie masculine. À peine 27% de femmes à l'Assemblée, contre plus de 43% de femmes au Parlement suédois. 16% des maires seulement sont des femmes, et on ne compte qu'une seule femme présidente de région. C'est le sujet sur lequel se penche Femmes Débats et Société, présidée par Catherine Dumas, lors d'une conférence au Sénat aujourd'hui. La première loi sur la parité date de 2000 visait à contraindre les partis politiques à présenter autant d'hommes que de femmes dans les scrutins de liste. Depuis, plusieurs textes législatifs sont venus compléter et durcir cette première loi. Pourtant, les femmes demeurent largement minoritaires au Parlement, et rarement visibles en tête de liste de scrutin. Malgré les lourdes sanctions financières en jeu, un grand nombre de partis font le choix de ne pas respecter la parité. Sous l'effet de la loi Copé-Zimmermann, la parité progresse plus vite dans les entreprises. En effet, selon l'Observatoire de la parité dans les conseils d'administration, les femmes représentent 44,4% des administrateurs nommés en 2011 et 2012 dans les plus grandes entreprises. Épargnons-nous les longs discours sur l'intérêt d'augmenter la proportion de femmes en politique. Une grande partie de la classe politique elle-même se rallie à cette évidence politique, démocratique et sociétale. Evitons également les longs débats sur la nécessité ou non de légiférer alors qu'on devine une évolution culturelle en cours. L'histoire démontre que ce renversement culturel ne se fait pas assez rapidement. Le "troisième tour" des élections départementales, dont la législation avait été revue en faveur de la parité pour les 2 premiers tours, en témoigne: seulement 10 % de femmes ont été choisies à la tête des exécutifs. La persistance de cette inégalité est d'autant plus intolérable qu'elle fait désormais l'objet d'une large prise de conscience et d'une dénonciation à l'échelle nationale. Nous avons besoin d'une loi qui empêche les partis de se soustraire de manière légale à la parité en payant une amende. Mettons en place une disposition qui mette fin au système des amendes. Votons une nouvelle loi selon laquelle chaque parti doit présenter au moins 288 femmes sur 577 circonscriptions, ou à défaut, des femmes dans 50% des circonscriptions dans lesquelles il présente un candidat. Si ce plancher de 50% de femmes n'est pas atteint, aucune candidature du parti ne peut être validée dans aucune circonscription. Le parti est tenu de présenter à nouveau l'ensemble de ses candidatures dans le respect de ce principe. Cette loi doit mécaniquement aboutir à l'élection de davantage de femmes à l'Assemblée Nationale. Plus fondamentalement, elle devrait banaliser la représentation féminine dans les territoires et à l'Assemblée. Naturellement, rien ne pourra retenir les partis d'investir les femmes dans les circonscriptions les plus difficiles et de flécher les hommes vers les circonscriptions favorables. C'est la limite de la loi. Néanmoins, il est évident qu'une campagne législative de terrain est une pierre posée pour la suivante. Elle permettra aux femmes de s'implanter localement, et d'inspirer d'autres vocations de jeunes talents politiques féminins.