vendredi 5 juin 2015

Heureux comme un papou

Le mois dernier, j'ai eu la chance d'effectuer un de ces voyages dont on se souvient une vie entière : un voyage en Papouasie – Nouvelle-Guinée. Si cette destination est assez peu connue en France, elle gagnerait largement à être mieux connue. Cette totale méconnaissance de ce pays (mes collègues ne savaient même pas où le placer sur la carte !) m'a donné envie de vous le présenter. Celui-ci est tout d'abord un sanctuaire marin. Avec l’île de Java et l'île de Bornéo, la Papouasie - Nouvelle-Guinée délimite la partie océanique la plus riche en espèces au monde. Dans cette réserve inégalée de beauté sous-marine, l'essentiel des immenses récifs reste à découvrir. Ils sont d'autant mieux protégés que le pays et la côte sont peu peuplés. Outre ces récifs coralliens, on peut y apprécier des concentrations spectaculaires d'épaves de la Seconde Guerre mondiale (par exemple, 64 navires japonais au large de Rabaul, en Nouvelle-Bretagne). C'est donc le paradis de tout amateur de plongée sous-marine (ce que je suis, évidemment). On peut plonger toute l'année sur les côtes du pays, mais certaines saisons sont plus profitables que d'autres. Au Sud, par exemple, dans la région de Port Moresby, baignée par la mer de Corail, la saison sèche (mai-novembre) est la meilleure période (avec une préférence pour juillet et août). Pour les plongées dans la mer de Bismarck (depuis Madang), on profite aussi des meilleures conditions de la mer de mai à novembre, avec un vent minimal au début et à la fin de cette période. À l’Est de la Nouvelle-Bretagne, Rabaul offre des sites répartis entre la mer de Bismarck et la mer des Salomon. Cette région, sans vraiment connaître une saison sèche, ne subit, de mai à septembre, que 10 jours avec pluie par mois. Le vent y est très modéré et la meilleure saison de plongée s'allonge d'autant : de mars à novembre. Lors de mon voyage, j'ai notamment découvert Rangiroa, l'une des merveilles à découvrir à tout prix si vous vous rendez un jour dans le pays. Étalé sur 1 800 km2, et comptant 240 matu (îlots coralliens), Rangiroa est en effet un des plus grands atolls du monde. Il se situe, comme celui de Fakarava, dans l’archipel des Tuamotu, à quelques centaines de kilomètres au Nord-Est de Tahiti. Avril, mai et juin offrent les meilleures conditions de plongée, avec des vents faibles et une mer chaude. Mais là aussi, il est toujours possible d'y plonger en dehors de cette période, et que l'expérience soit tout de même extraordinaire. Je mets en lien le site web qui m'a donné envie de faire ce voyage, pour ceux que ça intéresse. Il propose également d'autres destinations, toutes plus insolites et fascinantes les unes que les autres. Je suis sûr que ma prochaine destination s'y trouve, d'ailleurs... Je vous laisse le lien vers le site qui m' a donné envie de voyager: Voyage insolite.



Il faut se parler, c'est une obligation

En appeler à la force de la loi pour obliger à se parler au sein d’une même entreprise… Voilà l’incongruité du projet de loi dont l’objectif est de favoriser « le dialogue social et l’emploi » ; il a été présenté par François Rebsamen en Conseil des ministres le 22 avril, trois mois après l’échec des négociations entre syndicats et patronat sur la modernisation du dialogue social. Cette expression appelle deux remarques. Pour qu’il y ait du dialogue social, il faudrait que les syndicats soient représentés, or la France est un des pays de l’OCDE où le taux de syndicalisation est un des plus faibles (8 %, ramené à 5 % dans le privé). Il faudrait aussi que les rôles de chacun soient clairement définis. Et le discours tenu par le patronat n’a de libéral que le nom, si l’on s’en tient à l’interview accordée par Pierre Gattaz au magazine Challenges. Alors que tous les patrons plaident pour plus de simplification, le président du Medef demande la « création d’un contrat de professionnalisation sur mesure », payé « à 80 % du smic », complétée par « l’indemnité chômage ou le RSA ». Une nouvelle usine à gaz financée par l’argent public… François Rebsamen a très modestement qualifié son projet de « loi de progrès social […] dans la lignée de nos grandes lois sociales ». À l’écouter, on ne peut que paraphraser Me Folace dans les Tontons flingueurs : « C’est curieux, chez les socialistes, ce besoin de faire des phrases… » Le gouvernement réussit l’exploit de créer de nouvelles obligations pour les entreprises. Dont une pour celles — il y en a 2,5 millions en France — qui emploient moins de onze salariés. Ces derniers seront dorénavant représentés par des commissions paritaires interprofessionnelles régionales (CPIR). Quant aux entreprises dans leur ensemble, le projet de loi donne une reconnaissance aux compétences syndicales, tandis que les représentants syndicaux, dès lors qu’ils passent plus de 30 % de leur temps en délégation syndicale, se voient assurés de percevoir une augmentation au moins équivalente à celle reçue par l’ensemble des salariés. « Faut reconnaître, c’est du brutal ! », disait Raoul Volfoni dans le film de Michel Audiard. Les chefs d’entreprise ne sont sans doute pas loin de penser la même chose !

Un drôle de Turc

Alors que la Turquie presse pour entrer dans l'UE, il est intéressant de se poser la question du personnage Erdogan. Emouvante à Erevan, inquiétante à Ankara, la commémoration du centenaire du génocide des Arméniens (1915-1923) en dit long sur la relative indifférence d’une partie du monde occidental, en dépit de ses propres racines chrétiennes. Seuls 24 pays ont reconnu le génocide. À Erevan, François Hollande, Vladimir Poutine et le président chypriote Níkos Anastasiádis étaient présents, pas Barack Obama ni aucun autre chef d’État occidental. Cet anniversaire illustre surtout ce que les Turcs d’aujourd’hui ont en tête, à commencer par leur président, Recep Tayyip Erdogan, dont la dérive néo-ottomane s’affirme de jour en jour. Son attitude à l’égard des chrétiens persécutés de Syrie et d’Irak, comme la discrimination dont souffrent ses compatriotes chrétiens montrent la face sombre de la Turquie moderne, si ressemblante avec celle de 1915. Erdogan et ses amis ne reconnaissent que 100 000 morts il y a un siècle (au lieu de 1,2 à 1,5 million). Cette approche négationniste du gouvernement islamo-conservateur d’Ankara éclaire d’un jour encore plus révoltant les persécutions actuelles des assyriens, des chaldéens, des grecs ou des yazidis par les islamistes syriens et irakiens. En Syrie, les Turcs soutiennent le Front al-Nosra et d’autres groupes islamistes, qui bénéficient ou ont profité de leur mansuétude dans leur campagne antichrétienne. Le 21 septembre 2014, des militaires turcs auraient même prêté main-forte à l’État islamique pour dynamiter le Mémorial du génocide arménien de Deir ez-Zor (Syrie), un lieu d’études et de pèlerinages situé sur un ancien camp de déportation. Aujourd’hui comme hier, cette barbarie traduit la même volonté d’épuration religieuse de ces terres bibliques. Si quelques courageux intellectuels turcs n’hésitent plus à parler de “génocide”, aucune autorité politique, religieuse ou intellectuelle d’Ankara ou d’Istanbul n’a osé le faire. Ce déni de la Turquie moderne suscite le doute, une nouvelle fois, sur la compatibilité de ce pays de 82 millions d’habitants (100 millions en 2050) avec l’Union européenne, sur l’opportunité à l’intégrer le moment venu, comme le prévoit l’imprudente promesse qui lui fut faite par les Européens en 1963.