vendredi 27 février 2015

L'emblématique 1968

Pour les français, 1968 résonne comme une révolution. Mais pour d'autres pays, cela signifie autre chose. Toujours en 1968 a lieu le début de la Guerre d’Usure, entre Israël et l’Égypte. Cette guerre fit environ 15000 morts en 3 ans, surtout des civils égyptiens, et fait suite à la Guerre de Six Jours, déclenchée par Israël. La Guerre de Six Jours était une guerre de conquête territoriale lancée par Israël, et fermement dénoncée comme telle par le Général De Gaulle. Au final, la répression du Printemps de Prague fut un événement affreux, mais il est évident que ce crime de l’URSS pâlit en comparaison des massacres américains organisés la même année en Asie du Sud-Est , et ce n’est sûrement pas un Français, ni un Israëlien, qui pourrait se permettre de donner des leçons de morale au sujet de crimes commis en 1968. Ce que l’on présente souvent comme l’autre grand crime de l’URSS post-stalinienne prouvant la brutalité de l’impérialisme soviétique / russe, est la guerre d’Afghanistan. Le gouvernement afghan a demandé l’aide de l’URSS face à des combattants islamistes. Ceux qui se battaient contre le gouvernement communiste afghan et l’URSS étaient alors appelés en Occident des Freedom Fighters (Combattants de la Liberté), et ils recevaient le financement, l’armement et l’entraînement de la part de plusieurs pays Occidentaux. Ces Freedom Fighters sont désormais appelés des djihadistes ou des terroristes islamistes, et ils ne sont plus financés par les Américains. Le gouvernement afghan a de nouveau appelé la Russie à l’aide en 2014, pour l’aide au niveau militaire et pour développer son infrastructure. J’y reviendrai dans la troisième partie. Disons simplement pour l’instant que la rhétorique concernant l’intervention soviétique en Afghanistan a commencé à changé radicalement. Il suffit de constater que le pire crime qui eut lieu lors de cette guerre fut de créer la bête djihadiste, qui menace actuellement d’engloutir l’Iraq, la Syrie, la Libye etc. Et ce n’est pas l’URSS qui commit ce crime. On pourra finalement opposer que les nombreuses révolutions communistes de l’époque prouvaient l’impérialisme soviétique. Si ce n’est que la plupart de ces révoltes n’avaient rien à voir avec l’Union Soviétique. Il s’agissait essentiellement de mouvement de révoltes populaires, souvent pour se libérer de l’emprise américaine, mais qui ne se sont rapprochées de l’URSS que parce que l’URSS soutenaient les pays qui refusaient d’être les vassaux des É-U, parce que déjà à l’époque l’URSS avait besoin d’alliés face à l’hégémonie américaine, comme la Russie d’aujourd’hui. Même Fidel Castro ne se rapprocha de l’URSS que deux ans après son arrivée au pouvoir, après que les États-Unis avaient refusé d’établir des relations normales avec son gouvernement (rappelons que les Américains considèrent depuis la première moitié du XIXème siècle que Cuba doit devenir une partie des États-Unis, par la loi de la gravité politique, d’où leur intransigeance face à quelqu’un qui voulait que Cuba soit véritablement indépendante). L’URSS n’a eu un rôle proactif (au côté de Cuba) qu’au Mozambique et Angola. En comparaison avec l’interminable liste de coup d’État et “Black Ops” divers et variés commis par la CIA pendant la Guerre Froide, on se rend bien compte de quel côté se trouvait le véritable empire hégémonique. Au final, tous les faits démontrent de façon évidente que l’”impérialisme” soviétique était incomparablement plus bénin que l’impérialisme américain (encore une fois, la répression du Printemps de Prague fit environ 2000 fois moins de victimes que l’Empire du Bien en Asie du Sud-Est en 1968), et très probablement moins violent que l’impérialisme français. Alors comment se fait-il qu’autant de personnes en Occident sont convaincues du contraire ?