jeudi 12 octobre 2017

Le harcèlement perdure

 Dimanche, M6 a diffusé un nouveau numéro de Dossier Tabouprésenté par Bernard de la Villardière. Après l'islam et le cannabis, le thème choisi était le harcèlement sexuel. Ce reportage évoque toutes les formes d'oppressions que subissent les femmes quotidiennement et l'exploitation des corps féminins, notamment dans le rap, le porno et la publicité.   Dossier Tabou insiste sur le fait que ce phénomène est nouveau et pointe notamment un "facteur religieux et culturel" de la "jeunesse", qui est opposé à un âge d'or où la minijupe était acceptée de tous. Nous avons interrogé Christine Bard*, historienne, professeure des universités à l'Université d'Angers et auteure de Ce que soulève la jupe.  Est-il devenu compliqué pour certaines femmes de s'habiller comme le souhaitent?   Le contrôle du vêtement est une des modalités du sexisme, depuis toujours. Le vêtement marque une différence entre les sexes. Une différence qui hiérarchise le féminin et le masculin et qui sexualise particulièrement le corps des femmes de deux manières opposées, en le couvrant ou en le découvrant.   Le corps des jeunes filles est traditionnellement mis sous une surveillance accrue: la société patriarcale veut préserver sa "pureté", sa virginité. Nous ne sommes pas sortis de cette société patriarcale. Les jeunes filles ressentent ce contrôle social qui vient parfois de leur famille et le plus souvent de leurs pairs, filles comprises. Elles s'y conforment en général et abandonnent alors souvent la jupe pour ne porter que des pantalons, au collège, au lycée un peu moins. Elles ont l'impression qu'elles seront moins agressées dans la rue ou à l'école si elles sont en pantalon.   Et l'association "jupe = pute" fonctionne, elle, partout, dans tous les milieux sociaux. La pression du sexisme à l'adolescence doit être reconnue comme un problème social, être étudiée et faire l'objet d'actions de prévention. Les Journées de la jupe, créées il y a dix ans dans des lycées, sont par exemple de belles initiatives.  La société d'aujourd'hui aurait donc un problème avec le dévoilement du corps des femmes?  Ce problème ne date pas d'aujourd'hui puisqu'on peut faire remonter le "dévoilement", ou le "recul de la pudeur" au début du XXe siècle. Toutes ses étapes, toutes ses manifestations ont fait controverse: le vêtement des sportives, des cyclistes, le short, le maillot de bain, le tailleur des années 1925, la minijupe, les cheveux courts, etc. Ces innovations sont porteuses de valeurs et d'un imaginaire émancipateur pour les femmes, et cette émancipation trouve face à elle des adversaires résolus qui réagissent au nom de leur morale sexuelle et au nom de leur conception du rôle des femmes dans la société.  Pour certains, les femmes sont même responsables de l'agression dont elles sont victimes, parce qu'elles auraient "provoqué" leur agresseur avec une tenue jugée indécente. Cette inversion de la responsabilité est particulièrement révoltante, surtout quand on la retrouve dans la bouche d'un juge ou d'un policier. C'est ainsi qu'a démarré en 2011 la première "slut walk", marche des salopes, parce qu'un officier de police de Toronto avait déclaré que pour diminuer les risques de viol, les femmes devaient éviter de s'habiller comme des "salopes".   Le mouvement s'est étendu aux quatre coins de la planète et l'on a commencé à parler de "slut shaming" (humiliation) ou "slut bashing" (agression) à l'égard des personnes dont la sexualité est jugée déviante par l'agresseur. Quand Ni putes ni soumises a été créée en 2003, c'était déjà une des thématiques de l'association qui mettait l'accent sur la situation des femmes dans les "quartiers" et la montée d'un islam intégriste particulièrement sexiste.   Est-ce un retour en arrière des libertés des femmes?  Il n'y a pas eu d'âge d'or. Aujourd'hui, les femmes ont le droit de porter le pantalon, ce n'était pas le cas dans le passé. Les femmes étaient obligées de s'habiller de manière féminine, en particulier dans les métiers du tertiaire au contact avec le public. Des progrès ont eu lieu. Le choix vestimentaire est plus large qu'hier, mais il ne résout pas tout: quel est le bon, ou le mauvais choix? Comment le choix sera-t-il interprété? Une partie de la population considère que la jupe courte est un signe de disponibilité sexuelle et que celle qui la porte est un objet sexuel. Ce n'est pas nouveau. On a juste oublié aujourd'hui le tollé soulevé par les minijupes des années 1960.