mardi 22 août 2017
Guerre de civilisations
Durant sa visite officielle à Varsovie, Donald Trump a semblé annoncer une guerre des civilisations. Sur ces entrefaites, il a participé à un sommet troublé du G20, des 20 plus grandes économies mondiales. Le G20 représente l’idéal d’une communauté mondiale. Une guerre des civilisations en est l’exact contraire. Alors, laquelle va primer ? La phrase la plus emblématique du discours de M. Trump à Varsovie est : “La question fondamentale de notre temps est de savoir si l’Occident a la volonté de survivre. Avons-nous assez de foi en nos valeurs pour les défendre à n’importe quel prix ? Avons-nous assez de respect pour nos citoyens pour protéger nos frontières ? Avons-nous le désir et le courage de préserver notre civilisation de ceux qui veulent la subvertir et la détruire ?” “Le G20 représente l’idéal d’une communauté mondiale. Une guerre des civilisations en est l’exact contraire. Alors, laquelle va primer ?” Le discours a été plus loin que l’article publié en mai par deux proches conseillers de M. Trump, H.R. McMaster et Gary Cohn : “Le monde n’est pas une communauté mondiale mais un aréopage où les nations, les instances non gouvernementales et les entreprises se rencontrent et s’affrontent pour obtenir l’avantage (…)”. Les conseillers tempèrent en soulignant que “America First [le slogan de campagne de M.Trump, ndt] ne signifie pas ‘America alone’ (l’Amérique seule)”. Les États-Unis étaient pourtant seuls durant ce G20. En dépit de quelques colmatages, les États-Unis sont isolés sur les questions du climat et du protectionnisme. Si l’on demande à l’Occident de s’unir dans la perspective d’une guerre des civilisations, il va se fracturer, comme il l’a fait lors de la guerre en Irak. Il est facile d’être d’accord avec M. Trump et de s’inquiéter de ce qu’il appelle “le terrorisme de l’islamisme radical”. Mais considérer ce phénomène comme une menace existentielle primordiale est ridicule. Le nazisme était une menace existentielle. Comme le communisme soviétique. Le terrorisme est un trouble de l’ordre public. Le grand danger est une réaction disproportionnée qui empoisonnerait les relations avec le 1,6 milliard de musulmans qui vivent de par le monde. Nous devons être vigilants sur la prophétie auto-réalisatrice d’une guerre des civilisations, non seulement parce que ce n’est pas vrai, mais parce que nous devons coopérer. L’idéal d’une communauté mondiale n’est pas un conte de fées. C’est la réalité actuelle. La technologie et le développement économique ont rendu les humains maîtres de la planète et dépendants les uns des autres. L’interdépendance ne s’arrête pas aux frontières politiques. Pourquoi le ferait-elle en effet ? Les frontières sont arbitraires. “Anthropocène” est un mot toujours plus utilisé pour décrire notre époque : une ère durant laquelle les humains transforment la planète. Le point important dans la notion d’anthropocène est que l’humanité est responsable des problèmes et qu’elle peut les résoudre. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’idée de communauté mondiale n’est pas vaine. Sans elle, les problèmes ne seraient pas résolus. Pensez aussi à la paix. Dans une ère nucléaire, la guerre devrait être inconcevable. Mais cela ne la rend pas impossible. Gérer les frictions entre puissances nucléaires est une nécessité incontournable. Considérez également la prospérité. L’intégration économique mondiale n’est pas un complot maléfique. C’est la progression naturelle des forces des marchés dans une ère d’innovation technologique rapide. Un tel monde expose de façon inévitable les pays aux décisions politiques d’autres pays. Comme nous l’avons appris en 2008, le système financier mondial est aussi fort que ses maillons les plus faibles. Ceux qui dépendent du commerce international ont besoin de pouvoir se fier aux conditions d’accès aux marchés des autres pays. Pour cette raison, les inquiétudes persistantes autour des réglementations financières, particulièrement durant le sommet de Londres en 2009, et le protectionnisme, sont justifiées. La souveraineté n’est pas l’autarcie. Le communiqué du G20 en 2009 rappelait à juste titre : “Nous partons du principe que la propriété est indivisible”. Nous sommes aussi concernés, et c’est normal, par le destin des autres pays. Le développement est une cause morale. Il est également fondamental si l’on veut maîtriser les flux migratoires.
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