samedi 5 novembre 2016

Superbe Rabat

La vie est ainsi faite qu'on fait parfois des choses que l'on n'aurait pas cru possible. Dernièrement encore, mon épouse et moi nous sommes surpris, en faisant un voyage de groupe à Rabat au Maroc. Ca peut paraître tout à fait quelconque pour ceux qui y sont habitués, mais cela représente une sacrée révolution, pour notre part. Car voyez-vous, jusqu'à présent, nous étions des inconditionnels du voyage en solo. Et comme vous pouvez l'imaginer, ces deux manières de voyager n'ont clairement absolument rien en commun ! Ce qui est bizarre, en fait, c'est que nous ayons pendant si longtemps été opposés aux voyages de groupe. La simple idée de devoir vivre 24h sur 24 avec des inconnus nous paraissait effarante. Toutefois, un changement insidieux s'est fait en nous. ET quand nous avons commencé à chercher nos prochaines vacances, et que nous avons repéré ce voyage de groupe sur internet, ça nous a brusquement fait envie. Parce que les désagréments de ces voyages étaient contrebalancés par un immense privilège : ne plus devoir se démener comme un diable pour prévoir les activités à faire sur place. C'est vraiment ça, je crois, qui nous a poussés à tenter l'expérience. D'une certaine manière, lorsqu'on voyage en solitaire, on est sans cesse confronté au stress. On se retrouve loin de chez soi, loin de ses repères. On vit évidemment certains moments de grâce et il arrive que l'on fasse de belles rencontres, mais même dans ces cas-là, en fait, le stress est toujours présent. On garde toujours à l'esprit qu'on doit être au taquet pour les activités du lendemain, parce qu'il faut toujours tout gérer soi-même. Alors bon, c'est certes très instructif. On apprend à dominer ce stress, à ne plus dépendre que de soi, etc. Il est clair que voyager par soi-même est formateur. Seulement, au bout d'un moment, ça devient un peu fatigant. Au bout d'un moment, en fait, on considère même qu'on est assez formés. Plus on avance en âge, plus on a donc envie de se détendre véritablement et pleinement. Et je crois que nous aurons du mal à revenir en arrière, après cette première expérience ! Vous pouvez jeter un oeil au site où nous avons trouvé notre voyage au Maroc, pour ceux qui auraient comme nous atteint les rivages du grand âge ! Suivez le lien pour avoir les infos pratiques.


Ces ministres lobbyistes

L’interdiction des néonicotinoïdes, adoptée la semaine dernière suite à une erreur de vote, a une autre facette intéressante : l’opposition du Ministre de l’Agriculture. Dans un courrier daté du 11 mars envoyé le 14 mars, Stéphane Le Foll, tout en rappelant aux députés qu’il leur « [appartenait] de décider« , déployait un long argumentaire contre l’interdiction totale qui avait été votée la semaine précédente. On a ici un ministre qui fait du lobbying contre une disposition défendue des députés de sa majorité. Ce genre de pratique (en tout cas formalisée par un courrier) est fréquente mais rarement aussi visible. Le dernier cas publiquement connu remonte à l’examen du projet de loi « République numérique », où Fleur Pellerin avait envoyé un courrier contre la création d’un domaine commun informationnel. Le Ministère des sports s’était aussi mobilisé contre l’article sur les compétitions sportives. Ces deux cas partagent des points communs : 1) les ministres ont visiblement peur d’une adoption, qui parait vraisemblable ; 2) ce ne sont pas eux qui sont au banc, mais un autre membre du gouvernement qui n’a pas forcément les mêmes positions (Barbara Pompili, écologiste en charge de la biodiversité d’un côté, Axelle Lemaire au Numérique de l’autre) ; 3) preuve du caractère inhabituel de la pratique, le courrier est révélé par la presse (même si celui de Stéphane Le Foll a été publié après coup sur le site du Ministère, et qu’il avait sans doute intérêt à communiquer sur cette position présentée comme favorable aux agriculteurs). En revanche, le lobbying de Stéphane Le Foll a des caractéristiques très inédites : il a été envoyé à tous les députés (contrairement à celui de Fleur Pellerin, envoyé un petit groupe de députés)… et, surtout, il y a clairement derrière cet envoi une divergence interne au gouvernement. Après arbitrage, Axelle Lemaire avait rejoint Fleur Pellerin et s’était exprimée en séance contre les amendements « domaine commun ». En revanche, Barbara Pompili a défendu une position difficile à comprendre, mais qui n’était pas celle de Stéphane Le Foll : « (…) je m’en remets à la sagesse de l’Assemblée concernant ces amendements, mais vous avez bien compris que, selon moi, nous devons être courageux.« , avait-t-elle dit en commission. C’est cette absence de position gouvernementale commune – très rarement visible au grand jour – qui a sans doute conduit au courrier de Stéphane Le Foll… et au fait qu’il a fallu tester cinq rédactions différentes avant d’arriver à un amendement de compromis, déposé par le président de la Commission du développement durable. Dans un gouvernement avec des sensibilités aussi différentes, mieux vaut des choix tranchés en réunions interministérielles, pour arriver devant le Parlement avec des positions communes. Sans cela, l’exemple risque de se reproduire.